La Voix du Nord: fils de chef Camerounais, il est devenu président d’une association halluinoise
Article paru le jeudi 04 février 2010 à 08:40A lire, sur la Voix du Nord, 10.01.2010
PAR GEOFFROY DE SAINT GILLES
Quand Blaise épouse Juliette, un samedi de décembre 2002, c’est Halluin qui s’unit à Bafou, une ville du centre du Cameroun dont les liens avec la MJC sont étroits. Le grand frère du marié qui est devenu son père à la mort du chef de famille, rit de voir le brouillard entouré cette union : « Cela signifie que les ancêtres bénissent cette union ».
Sept ans plus tard, le couple a donné deux enfants et les liens entre les villes française et camerounaise ont accouché d’un jumelage et d’une pléïade de projets portés par l’association Elans, dont Blaise est le président. Une responsablitié autour de laquelle s’articulent sa vie et celle de sa famille.
Blaise est né douze ans après l’indépendance, dans une famille aisée. Son père, Daniel, a fait de la prison pour avoir réclamé l’égalité entre blancs et noirs : « Il ne comprenait pas que l’administration française lui refuse d’exploiter sa plantation de café. » De son père, chef du village N’Tsingbeu, dans le département de la Ménoua, décédé quand il avait 14 ans, les enfants retiennent que le combat n’est pas vain.
Pierre-Marie, fils aîné et nouveau père, reçoit la chefferie du village et grâce à ses études de médecine, il finance de belles études à ses frères et soeurs. Blaise, qui admire plus que tout son grand frère, va passer le concours de médecine puis, au dernier moment, bifurque vers les Eaux et Forêts pour devenir ingénieur. « Mon parcours se fait naturellement, je ne sais pas trop comment, je suis comme porté ». Porté vers son village et son frère qui s’échine à créer de l’activité et des emplois. Blaise pense au tourisme solidaire, qu’il préfère appeler « équitable ». Il monte son premier projet : « Le premier été, il y a eu six personnes. Aujourd’hui, nous accueillons 200 visiteurs, en majorité des expatriés vivant au Cameroun ». Une réussite qu’il partage avec toute l’équipe d’Elans, en particulier Marc Desbucquois, le vice-président de l’association, adjoint d’Halluin et ami : « Ils ont un gène dans sa famille car tous sont engagés dans le milieu associatif avec beaucoup de dynamisme. Blaise a cette capacité de mener des projets, il est droit, honnête et passe du temps à expliquer aux jeunes Camerounais qu’il est plus important de développer leur pays que de rejoindre l’Occident ».
Blaise est un pont entre la commune du Nord et sa ville natale du Sud. Elans, c’est plus de 200 000 euros de budget par an, une dizaine d’emplois crées, un volet santé, tourisme, éducation et environnement. Et justement, les déchets sont devenus le métier de Blaise. Quand il arrive en France avec son diplôme des Eaux et Forêts camerounaise, c’est par pudeur qu’on ne rit pas à l’ANPE. Alors il entame une formation sur la gestion des déchets. Son stage, il le trouve chez SITA qui le prend pour son parcours particulier. Le fait d’être noir n’a jamais freiné Blaise, il explique qu’il n’y fait même pas attention.
Les autres s’en chargent de temps en temps mais tout glisse sur Blaise qui fonce. Le succès dans son expérience lui ouvre des portes et il rejoint Eco Emballage où il exerce aujourd’hui.
« Il donne de son temps et de ses vacances, relève Ghislain Berland, membre d’Elans. Il existe une sorte d’émulation avec ses frères ».
Son épouse épluche les comptes en tant que trésorière et le couple déclare avoir déjà atteint son rêve au regard de l’ampleur qu’a pris Elans. Même le songe merveilleux qui anime Blaise serait de voir à Bafou « des familles enfin tirées de la pauvreté. » •
Association Elans, rue Camélinat à Halluin : 03 20 24 88 65.
