Ntsingbeu, raconté par M. et Mme Bernier - 2009
A tous ceux qui pourraient se poser la question : « Mais qu’est-ce qu’on peut bien faire à Ntsingbeu ? », nous souhaitons apporter notre témoignage. Loin de nous ennuyer, au cours de nos 2 séjours, nous sommes allés à la découverte de la vie locale et des habitants.
La Chefferie
Le Centre Touristique est adossé à l’une des deux chefferies du village (pour tenter de comprendre l’histoire de ce village, voir le site de Ntsingbeu).
L’accès se fait depuis la piste principale par une « porte » monumentale surmontée de toitures de forme pyramidale (comme partout en pays bamiléké). Un second « porche » est encadré par deux « cases » renfermant les tambours traditionnels du village.
De construction récente, les trois bâtiments de la chefferie délimitent une vaste place carrée.
- Au fond, le premier bâtiment comprend, au rez-de-chaussée, une grande salle où se tiennent toutes les réunions et manifestations publiques. A l’étage, des logements privés.
- A gauche, le bâtiment du CFJF (Centre de Formation des Jeunes Filles) avec les salles de cours au premier étage.
- A droite, le bâtiment de la MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) avec, au rez-de-chaussée, la bibliothèque, la salle informatique, un bureau et à l’étage des chambres.
En 2007, nous n’avions pas pu rencontrer un certain nombre d’acteurs de la vie locale en raison des vacances scolaires de Noël. En 2009, nous avons comblé cette lacune.
La MJC
Pour en savoir plus sur la création et les objectifs de cette structure partenaire de la MJC d’Halluin, voir le site de Ntsingbeu ou celui d’Elans.
Nous préférons parler de notre découverte de ce lieu grâce à la radieuse et pétulante Ziberline, responsable de la MJC. Sa bonne humeur est communicative ce qui ne l’empêche pas de mener à bien une foule de projets en direction et avec l’aide des jeunes collégiens ou lycéens. Nous l’avons vu mettre en place une activité autour du conte avec deux intervenantes : Marie-Félicité (auteur) et Pascale (illustratrice) ainsi qu’avec Christiane qui promeut la lecture un peu partout dans le sud et l’ouest du Cameroun. Elle nous a demandé de participer à une activité « scoubidou » qui nous a obligés à remettre en route notre mémoire pour retrouver les techniques un peu oubliées.
La MJC dispose d’une bibliothèque assez conséquente , grâce à ELANS et notamment Catherine Cadennes et Valerie Carlier, aux écoles d’Halluin et à Christiane. La population mais aussi (et surtout) les élèves des écoles peuvent venir emprunter des livres. Si vous décidez un jour de venir à Tockem, pourquoi ne pas mettre quelques livres dans vos bagages pour apporter votre pierre à l’édifice culturel.
On trouve aussi une salle informatique avec une dizaine de PC en réseau. Quelques jeunes formés ont en charge, à leur tour, d’initier d’autres jeunes au maniement de l’outil, aux rudiments du traitement de texte, au courrier électronique… Les enseignants des écoles reçoivent également une formation qui permettra aux élèves d’en profiter.
Le CFJF
Le Centre de Formation des Jeunes Filles a pour but de permettre aux filles de poursuivre des études (l’éducation des filles étant considérée comme moins indispensable que celle des garçons, dans certaines familles). Outre les matières essentielles (math et français, anglais, sciences naturelles), elles reçoivent une éducation aux tâches familiales et un enseignement plus technique centré sur les métiers de la couture (fabrication de vêtements, broderie, tricot…). Régine KANA en est la directrice et plusieurs professeurs interviennent auprès des jeunes filles. L’actuel bâtiment est opérationnel depuis la rentrée de 2007.
Nous avons été invités au cours de notre séjour, à assister à la cérémonie de remise des diplômes à la première promotion des élèves du CFJF. Discours divers, sketches joués par les élèves ont ponctué la manifestation qui s’est terminée bien sûr par de la musique et des danses.
Les personnes qui séjournent plusieurs jours à Tockem peuvent faire fabriquer des vêtements à partir de tissus achetés au marché de Dschang (robes, boubous, vêtements pour enfants) mais aussi rapporter des souvenirs en achetant les produits fabriqués par les jeunes filles : vêtements, trousses, corbeilles en tissus, objets en crochet, nappes et serviettes, sacs à dos…
Le dispensaire
Le Centre de Santé Communautaire accueille les malades (le paludisme étant une des maladies les plus fréquentes) et les femmes enceintes qui y trouvent des chambres adaptées et des sages-femmes pour l’accouchement.
De nombreuses actions sont conduites et qui concernent la PCIME (Prise en Charge Intégrée des Maladies de l’Enfant), la formation des personnels, une pharmacie, l’amélioration des pratiques familiales auprès des femmes enceintes et des mères. L’eau et l’assainissement font également partie des réflexions et des aménagements indispensables (forage, tri sélectif…).
La chapelle Sainte Raïssa
Cet édifice religieux, qui n’était pas encore consacré fin 2009, s’anime lors des offices hebdomadaires. Nous avons assisté à des chants et des danses à la sortie de la messe de Noël 2007 et pu nous rendre compte de la ferveur des paroissiens et de l’accueil chaleureux qu’ils faisaient aux étrangers de passage, comme nous.
En 2007, la chapelle abritait une classe de l’école Sainte Raïssa toute proche. Depuis lors de nouvelles classes ont permis de rendre intégralement ce bâtiment au culte.
Les écoles
- L’école Sainte Raïssa, proche de la chefferie, se trouve autour de la place qui dessert la chapelle et le dispensaire. Créée en 1999, elle comptait, en décembre 2009, environ 300 élèves répartis en 8 classes de 24 à 52 élèves. Grâce à Fidélis, son directeur, nous avons pu passer une demi-journée pour visiter les classes, rencontrer les enseignants et les élèves, pour certains assez impressionnés.
Les conditions matérielles, même si elles sont plus satisfaisantes que dans d’autres écoles camerounaises, n’ont rien à voir avec celles qu’on peut considérer comme privilégiées en France. Les locaux sont en bon état et les murs sont enduits et peints. Ici, les élèves sont assis, par 3, 4 ou 5, à des pupitres-bancs dont beaucoup n’ont pas de casiers. La classe des enfants de petite et moyenne sections dispose en tout et pour tout de 5 tables basses et des petits bancs. Les enseignants ont, pour seul mobilier, une petite table et une chaise, un tableau. Le matériel pédagogique individuel se limite à quelques séries de manuels scolaires, une ardoise et des morceaux de craie, des cahiers et des stylos dans les plus grandes classes. Quant au matériel pédagogique collectif, il est presque inexistant. Les enseignants font beaucoup d’efforts pour illustrer leurs cours au tableau.
Les parents des enfants paient une rétribution qui sert fonctionnement global de l’école. En 2009-2010, elle est de 6000 CFA mais pour obtenir l’agrément de l’enseignement catholique, elle doit augmenter pour s’aligner sur les autres établissements privés du département de la Ménoua (11000 CFA).
- L’école publique n’est pas à proprement parler un établissement d’enseignement de Ntsingbeu puisqu’il fait partie de Bafou, la chefferie de rang supérieur dont dépend Ntsingbeu. Elle est composée de 2 groupes scolaires primaires et d’une école maternelle, située très près de Bafou. Nous avons souhaité pourtant nous y rendre (notre engagement pour la défense du service public d’éducation en Vendée n’y étant sans doute pas pour rien).
Les deux directeurs, Jean et Augustin, nous ont également accueillis avec enthousiasme, heureux de pouvoir montrer le travail qui était accompli malgré les difficultés. Les classes sont plus anciennes et commencent à ressentir les effets du temps (en 2007, nous avions observé un mur de classe qui s’était effondré) et même si certaines ont été repeintes extérieurement, la vétusté des locaux est plus frappante qu’à Sainte Raïssa (pas d’enduit intérieur par exemple). Le mobilier est également constitué de pupitres-bancs de 4 à 6 places ou plus avec, souvent, un casier pour les fournitures de l’élève.
Nous avons abordé les conditions des enseignants : obligation de recruter pour les directeurs dans les écoles qui ne reçoivent pas toujours le nombre de postes nécessaires, salaires de départ très faibles ou en baisse, allongement de la durée d’activité… Si le taux de scolarisation des enfants est en amélioration sensible, il semble que l’État peine à faire face à cette nécessaire dépense.
Le village de Ntsingbeu
Il est très difficile de savoir quelles sont les limites exactes de la chefferie (ou de la commune) car nous n’avons pas trouvé de carte précise de la région et la signalétique est quasi-inexistante. Pas de route bitumée ici (la plus proche est à près de 4 km) mais une piste principale assez bien entretenue mais avec quelques ravines au sortir de la saison des pluies et de nombreuses pistes secondaires dont l’état est très variable suivant la pente ou la fréquentation.
Pour “visiter” Ntsingbeu, nous avons préféré nous faire accompagner d’un jeune, Ghislain ou Michel (tous deux natifs de Ntsingbeu) afin d’avoir un maximum d’explications, ce qui ne nous a pas empêchés de faire seuls quelques balades, car il n’y a aucun danger ici, contrairement aux grandes métropoles du Cameroun. La variété des paysages vallonnés ne rendent pas monotones ces sorties : mont Batsinglah, marigots, champs…Ces promenades permettent d’observer l’architecture très diverse (surtout en fonction des moyens financiers de leurs habitants), de la modeste case en briques de terre crue à la propriété ceinturée de hauts murs et aux signes ostentatoires de richesse. Parfois quelques décorations sur les murs (”maison des Décédés”, “mains” peintes à l’eau de manioc…).
La flore et la faune ne sont pas à négliger pour les amateurs de botanique et de zoologie. Et surtout, ces promenades à pied permettent de rencontrer les habitants : les enfants et leur gentil “bonjour”, les femmes portant leur charge sur la tête, les artisans, les commerçants ou les agriculteurs, les oisifs, bref tous ceux qui font la vie de ce village. On n’oubliera pas de s’équiper de son chapeau car de 10 à 17 heures, le soleil “donne”.
La flore locale
Si, comme Mireille, vous appréciez les plantes et les fleurs, à Ntsingbeu, vous avez de quoi passer de longues heures à étudier la flore locale. A commencer par le centre touristique de Tockem dont les abords bien entretenus ravissent l’œil dès le lever. En voici un faible aperçu :
Difficile donc de s’ennuyer à Ntsingbeu. Bientôt, nous vous donnerons quelques pistes de visites et activités à faire dans cette région du Cameroun.
Pour nous, c’est décidé ! Si santé et finances sont positives, nous revenons en 2011 !
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